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L'Inde du changement : de la roupie à la roupie numérique, une mutation au QR Code


Coup de Tonnerre le 8 novembre 2016


Le 8 novembre 2016 restera une date clé dans l'histoire Indienne avec l'annonce fracassante du Premier Ministre Narendra Modi : "les billets de 500 et de 1000 roupies actuels n'ont plus de valeur à partir de ce jour minuit !!! et seront remplacés par des 500 et 2000 disponible dès demain, affichant l'image de Mahatma Gandhi".


Coup de massue pour les millions de détenteurs de ces billets, et surtout pour ceux qui les avaient stockés sous leurs oreillers...

La Reserve Bank of India a stipulé que les billets démonétisés pouvaient être déposés dans les banques sous 50 jours, c'est à dire jusqu'au 30 décembre 2016. Les billets pouvaient être échangés au cours légal mais la limite était de 4 000 roupies par personne du 8 au 13 novembre, puis 4 500 roupies du 14 au 17 novembre, réduite à 2 000 roupies du 18 au 25 novembre. Finalement l'échange de billets a été complètement arrêté le 25 novembre, bien que le gouvernement ait précédemment déclaré que le volume d'échange serait augmenté après cette date.


Cela ne laissait que très peu de temps pour les ramener à la banque... déclarer les recettes... bref, tout basculer en "transparence"... un mot qui a du mal à exister en Inde bien évidement. L'Inde, reine de la corruption, du marchandage, de l'arnaque "bienveillant", a du mal à appréhender un tel concept de transparence...



Réduire l'argent noir, un objectif non réalisé


Le but de Narendra Modi était en effet de réduire l'économie souterraine et ainsi de réduire les activités illégales et le terrorisme.


Le résultat n'a pas satisfait aux attentes de cette action pourtant radicale. Le gouvernement avait estimé que 5 000 milliards de roupies, soit environ 20 %, des billets démonétisés, seraient définitivement retirés de la circulation. Selon un rapport effectué en 2018 par la Reserve Bank of India, 99,3% des billets démonétisés ont été remis en banque, soit 15,3 billions de roupies sur les 15,41 billions de billets de banque démonétisés. Les billets non déposés valaient 107,2 milliards de roupies... Les analystes en ont déduit que cet effort exceptionnel n'avait pas réussit à éliminer l'argent noir de l'économie.

Bien plus que cela, il a été estimé qu'environ 1,5 millions d'emplois ont été perdus du fait de la chute des indices boursiers (+ de 6 % le lendemain de l'annonce) entrainant une réduction de la production industrielle et du taux de croissance du PIB...



Que dire du "merdier" (si je puis m'exprimer ainsi..) que ça a engendré...


Une limite quotidienne sur les retraits aux guichets automatiques a été imposée, variant de 2 000 roupies par jour jusqu'au 14 novembre à 2 500 roupies par jour jusqu'au 31 décembre.

Cette limite fut ensuite portée à 4 500 roupies par jour à partir du 1er janvier, puis à 10 000 roupies à partir du 16 janvier 2017. À partir du 17 novembre, les familles ont été autorisées à retirer 250 000 roupies pour les frais de mariage. Les agriculteurs ont été autorisés à retirer 25 000 roupies par semaine contre des prêts de récolte.


Les aéroports internationaux ont également facilité l'échange de billets de banque pour les touristes étrangers et les voyageurs sortants, d'une valeur totale de 5 000 roupies par personne (c'est loin d'être énorme... ça fait dans les 60 euros..).

Les pompes à carburant, les hôpitaux publics, les comptoirs de réservation des chemins de fer et des compagnies aériennes, les laiteries et les magasins de rationnement reconnus par le gouvernement de l'État et les crématoriums ont été autorisés à accepter les billets démonétisés jusqu'au 2 décembre 2016.


J'organisais un voyage à Bodhgaya fin décembre 2016 - début janvier 2017 et ai rejoint les files interminables aux distributeurs de billets... tous les jours car nous ne pouvions retirer plus de 4500 roupies par carte bancaire par jour ! 4500 roupies, c'est une cinquantaine d'euros ! imaginez ! on ne va pas loin avec ça ! je m'étais donc organisée avec plusieurs cartes bancaires pour pouvoir retirer chaque jour le plus possible et ainsi pouvoir payer les hotels, les restaurants, les transports, etc... car en Inde il est bien entendu souvent difficile de faire accepter que l'on va faire un virement bancaire ou de pouvoir payer par carte bancaire....


Pour ma part, ce ne fut que 18 jours de merdier, mais pour le peuple indien, ce fut plusieurs mois de galère ! En effet, les retraits en espèces des comptes bancaires ont été limités à 10 000 roupies par jour et à 20 000 roupies par semaine et par compte du 10 au 13 novembre. Cette limite a été portée à 24 000 roupies par semaine à partir du 14 novembre 2016. Les limites sur les retraits d'espèces des comptes courants/comptes de crédit de trésorerie/comptes de découvert ont été supprimées plus tard.

La Reserve Bank of India a augmenté la limite de retrait du compte de la banque d'épargne à 50 000 roupies contre 24 000 roupies le 20 février 2017, puis le 13 mars 2017, elle a enfin supprimé toutes les limites de retrait des comptes de banque d'épargne.


Durant cette période, plus de 800 000 camionneurs et conducteurs de camions furent touchés par ce manque de liquidités avec plus de 400 000 camions bloqués sur les principales autoroutes de l'Inde et des files d'attentes interminables aux péages qui n'acceptaient plus les billets démonétisés !


Et sans compter les nombreux distributeurs de billets qui étaient si souvent à vide, dévalisés par toute une population en besoin de billets...

Des files d'attente si longues que des personnes sont mortes comme c'est le cas pour Vinod Pandey, 69 ans, employé du gouvernement à la retraite, qui s'est effondré devant la succursale Makronia de l'Union Bank of India dans la ville de Sagar...




Un virage numérique développant l'inclusion financière


En 2016, nous pouvions voir dans nombreuses boutiques et échoppes l'autocollant bleu et blanc PAY TM.


La poussée des paiements numériques était l'une des intentions déclarées de la démonétisation.

En novembre et décembre 2016, il y a eu une augmentation immédiate et brutale des paiements numériques en raison des pénuries de liquidités. Les transactions par carte de débit au point de vente représentaient le double de la valeur suggérée par les tendances avant la démonétisation.


C'est cette même année que fut lancé l'UPI, le système indien de paiement en temps réel permettant aux utilisateurs de transférer de l'argent directement d'un compte bancaire à un autre. Le virement instantané en quelque sorte.

Aujourd'hui, en 2023, ce sont pas moins de 260 millions de personnes qui utilisent ce système sur la totalité des 1,4 milliards d'habitants que compte l'Inde.


Il est interessant de comprendre que la pandémie a permit de réellement enclencher ce virage. En effet, en 2020, c'est plus de 48 milliards de transactions numériques qui furent engagées !

Les forfaits mobiles sont proposés à des prix très très attractifs et la majorité de la population en possède désormais. Ainsi tout se monnaye désormais à travers le téléphone portable !

Cette inclusion financière, laquelle consiste à permettre l'accès aux services financiers de bases, s'étend désormais auprès des personnes sous-bancarisées et non bancarisées.



Vers une évolution toujours plus digitalisée


Revenons un peu en arrière. Il y eu d'abord la mise en place en 2010 de l'Aadhaar, considéré par l'économiste en chef de la banque mondiale comme le programme d'identification le plus sophistiqué au monde. Chaque personne est ainsi associée à 12 numéros d'identification reliés à des données biométriques comprenant la photographie du visage, les empreintes digitales et la photographie des iris. Ces 12 numéros sont désormais associé à de nombreux services tels que les comptes bancaires, des régimes d'aide sociale, des cartes SIM de téléphones portables, ...


Puis en 2016 ce fût la mise en place de l'UPI comme nous en avons parlé plus haut, suivi peu après par la mise en place du FASTag.

Le FASTag concerne le paiement des péages d'autoroute sans espèces. Nous l'avons vu à l'oeuvre dans nos derniers voyages. Une caméra lit le numéro de la plaque d'immatriculation des véhicules, de la voiture individuelle au camion en passant par les bus, les taxis, etc.... Cette lecture permet d'affiche instantanément les données du véhicule sur l'écran de l'ordinateur installé dans la cabine de péage. Ainsi, un taxi qui vous proposera un déplacement inter-cité avec frais fixe + paiement des frais de péage sera à même de vous montrer dès l'arrivée la totalité des frais de péage inhérente à votre déplacement....


En 2019, le gouvernement indien a lancé e-RUPI. Il s'agit d'un bon d'achat numérique que le bénéficiaire reçoit sur son téléphone sous forme de SMS ou de QR code. Il est ainsi possible de payer sans contact, sans espèces et le bénéficiaire peut l'échanger sans application de paiement numérique ou accès bancaire en ligne ni carte.



De l'e-RUPI à la roupie électronique


L'e-RUPI est différent de la monnaie numérique envisagée par la Reserve Bank of India.


Cette monnaie numérique, nommée pour l'instant "roupie électronique" est lancée en test depuis ce jour, jeudi 12 janvier 2023, sur 4 villes (New Delhi, Mumbai, Bengalore et Bhubaneswar) et à travers 4 banques (Yes Bank, IDFC, ICICI Bank et State Bank of India).

Cette roupie électronique aura la même valeur que les billets et les pièces de monnaies et serait distribuée par les banques. Il sera ainsi possible d'effectuer des transactions à partir d'un portefeuille numérique stocké sur le téléphone portable. Les paiements seront effectués à l'aide d'un QR code.


"C'est une décision audacieuse de la RBI qui contribuera à réduire les coûts de transaction des transactions financières", a déclaré à DW Lekha Chakraborty, professeur à l'Institut national des finances publiques et de la politique.

"Cela apporte de la transparence au système financier et aide les entrepreneurs à catalyser les transactions transfrontalières", a-t-elle ajouté.



Le QR Code à l'assaut des sites touristiques et du quotidien


De notre côté, en un simple voyage après-Covid fin 2022, nous avons pu constater combien l'Inde se prépare à cette révolution digitale. Si à Agra l'entrée au Taj Mahal se fait encore à travers des guichets classiques, dans le Bihar, certains sites ne sont désormais accessibles QUE à travers un paiement en ligne. Un QR code installé à l'entrée des sites remplace désormais les traditionnels guichets vidés de leurs employés.


Par ailleurs, de plus en plus les QR code s'affichent. au pied des statues, des temples, etc... afin d'apporter au visiteur les informations historiques nécessaires.


Les rickshaws utilisent aussi ce système de QR Code. Dans certaines villes, ils s'enregistrent auprès de la police qui leur génère un QR code, permettant ainsi aux femmes d'avoir la garantie d'être avec un conducteur sécurisé lorsqu'elles utilisent ce mode de transport.


Le QR Code est aujourd'hui utilisé en Inde dans tous les secteurs : publicité, articles de journaux (permettant ainsi de placer plus d'article sur un nombre de pages définies, le restant de l'article étant à lire en numérique...,), pour payer tout type de factures : essence, restaurant, voyage, épicerie, etc...



Les mendiants ne sont pas oubliés


Raju Prasad, 42 ans, a fait la une de nombreux journaux indiens et internationaux quand il fut pris en photo en train de mendier avec son seau en métal et une tablette avec un code QR collé au dos.

Les gens avaient auparavant pour habitude de le repousser en disant qu'ils n'avaient pas d'argent, alors que désormais nombreux voyageurs transfèrent 5 ou 10 roupies en quelques clics sur leur téléphone portable plutôt que de sortir leur portefeuille ! "Maintenant, ils scannent mes codes QR et donnent avec plaisir le petit montant qu'ils veulent" précise t'il. Celui-ci y a même gagné au change, recevant bien plus d'argent désormais que ce qu'il recevait lorsqu'il était au "tout-billet"...


Nous devons reconnaitre que le fait que les mendiants et leurs donateurs font tous partie de la révolution de la finance numérique en Inde aide à expliquer la croissance explosive des paiements mobiles.





Digital India, favorisée par la Pandémie


Les Indiens migrent vers les services financiers numériques depuis un certain temps. Cela est en partie dû à la richesse croissante, à un meilleur Internet et à une technologie plus abordable – et parce que le Premier ministre Narendra Modi a placé la transformation numérique au centre de la politique gouvernementale.


Lancé en 2015, "Digital India" vise une croissance économique plus rapide et plus inclusive en poussant les services gouvernementaux et bancaires en ligne et en amenant les masses de pauvres du pays, en particulier dans les zones rurales, vers l'économie formelle grâce à des investissements dans la technologie.


Mais c'est la pandémie qui a accéléré le changement. Les fermetures ont forcé des millions de personnes à acheter des produits d'épicerie et des médicaments via des applications mobiles, car elles ne pouvaient pas quitter leur domicile. Les guichets automatiques ont manqué d'argent liquide et de toute façon les gens ne voulaient plus s'en approcher par crainte d'attraper le virus en manipulant de l'argent physique.



Et nous dans tout ça ?


Ah la la ... nous... disons que nous nous vivons nos dernières heures à moins d'un éveil soudain... le monde change, très vite, c'est clair. Pour ma part, chaque voyage est l'occasion de découvrir l'impact d'une mutation au QR code toujours plus présente et pressante. L'Inde est en train de foncer, tête baissée, sans hésiter, dans une direction qui nous dépasse. Alors que les vaches sacrées restent reines, que le code de la route se manifeste à travers un concerto de klaxon, que les déchets jonchent les rues sans honte ni gêne, l'Inde numérique va nous clouer au plancher. C'est évident.

L'indien est de nature "adaptable". La vie dure à laquelle il est confronté depuis son enfance en fait un être qui est toujours prêt à saisir ce qui doit l'être. Chaque opportunité est un incontournable. L'esprit fonctionne aux aguets. Prêt à se diriger vers l'inconnu, à réaliser l'inattendu et l'inaccessible.

De notre côté, les "nous", sommes élevés dans un cocon au pays des Bisounours. Tout est cadré, encadré, conforté. La moindre vaguelette se transforme en 10 séances de psychothérapie, le moule sociétaire devient l'habitacle, regarder au-delà est l'impossible. L'esprit s'enracine ainsi dans ce confort modelé, contrôlé, épuisant les capacités d'adaptation de chacun.


L'Inde a fait le pari de la digitalisation et force est de constater qu'elle entre dans la cour des leaders. Les anti et les râleurs me diront "oui mais regarde, tout est pourri, les routes, les maisons, l'organisation, etc.."

Je ne suis pas d'accord. Le plus important est effectivement ce qui va vite. Et ce qui va vite est le digital, le numérique, et c'est bien sur cet aspect que l'Inde cherche à s'assoir. De là, elle va pouvoir étendre ses investissements et son développement.

J'ai pu constater sur mon dernier voyage de fin décembre 2022 que l'Inde a lancé l'étape suivante, la révolution physique.

Ce sera l'objet d'un nouvel article sur ce blog. Les routes tracent leur chemin, remodelant les campagnes, coupant les villages, et survolant les villes... Cet aspect matériel va pouvoir se développer très vite. Il se fera à mon avis en 2 phases. Une immédiate, rapide, pour désengorger certaines zones et relier d'autres, puis la révolution viendra par dessus cela avec, qui sait, peut être des routes solaires rechargeant les véhicules et rickshaws ?


Partout, absolument partout, désormais les panneaux Digital India 2015 ont été remplacé par ONE EARTH - ONE FAMILY - ONE FUTURE à l'occasion du prochain G20.

Donc qu'elle est la vision de Narendra Modi à travers cette nouvelle vision ?

Tout est possible avec Incredible India. Absolument tout est possible.


Si vous venez dans nos voyages, alors vous comprendrez tous les sens de cette dernière phrase.

En attendant, portez vous bien, mais ne prenez pas tout pour acquis car le monde change, les équilibres des mondes changent...










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